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Lecture
de 10 mois à 6 ans, Geneviève PATTE
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Nous sommes habitués à considérer le livre comme une possibilité
d'enrichir les échanges interpersonnels. C'est particulièrement évident
chez le tout-petit qui prend vite l'habitude d'aborder l'adulte avec
cette demande : lis-moi ça. Tout adulte détenteur du pouvoir de
lire apparaît comme un médiateur, un interprète possible :
lis-moi ça, c'est comme si l'enfant disait : traduis-moi ça, pour
une langue qu'il n'aurait pas encore apprise, c'est-à-dire la
langue écrite avant l'apprentissage de la lecture.
L'album,
bien sûr, il en a déjà une lecture, ne serait-ce que par son
interprétation des images. Il s'arrête souvent sur des détails,
pour les savourer à son rythme. Mais l'enchaînement de l'histoire
et tout ce que le texte dit et que l’image ne dit pas toute seule,
l'enfant le découvre grâce à la médiation de l'interprète, du
lecteur qui l'introduit dans un monde magique qu'il va retrouver tel
quel d'une lecture à l'autre, grâce à l'exactitude de l'écrit
oralisé, cela jusqu'au point où il va pouvoir s'en emparer complètement
lui-même. L'album, l'histoire il finit par les savoir par cœur,
les posséder comme un instrumentiste possède un morceau. Il
devient interprète à son tour. Il s'isole parfois pour « relire »
le livre à son rythme.
Le
plaisir de la répétition, si fort avec les enfants, n'est pas étranger
à celui de la compréhension qui s'organise et s'approfondit grâce
précisément à cette relecture. C'est aussi la possibilité de
s'approprier toujours mieux et de découvrir ans trop de risques -
que ce monde inquiétant tant qu'il restait étranger - vient déplacer
les frontières de son propre monde, l'augmenter : l'enfant grandit.
Des mondes s'ouvrent. L'enfant découvre qu'il peut vivre un certain
nombre d'expériences qui sont à la fois celles d'un autre et les
siennes propres.
C’est
une façon d'enrichir et de structurer son théâtre intérieur,
condition d'une lecture vraiment personnelle, d'une lecture entre
les lignes. Pour s'ouvrir au monde de l'autre et s’y intéresser,
il faut d'abord que son propre monde, ses intérêts, ses désirs et
ses craintes soient reconnus. Comme l'écrit Colette Chaland :
« Le goût de lire suppose (que l'on trouve) plaisir dans une
communication avec un autrui intériorisé à qui il faut redonner
vie. La lecture est une rencontre de l'autre très particulière,
puisqu'elle requiert d'abord ce mouvement de repli sur soi-même. »
Le
sentiment d'être pris au sérieux. d'être reconnu, donne à
l'enfant le goût l'aborder les mondes nouveaux, des expérience
nouvelles, de risquer l'aventure de l'inconnu et cela d'autant plus
qu'il a confiance en l'adulte médiateur. L’enfant a éprouvé le
plaisir du livre ou de l'histoire que l'adulte a partagés avec lui.
Il a goûté cette occasion d'échange très naturel, considérablement
enrichi par le livre et l'histoire. Il peut y retrouver sa réalité
quotidienne. Rassuré il va pouvoir décoller vers un imaginaire libérateur,
enraciné dans sa sensibilité et son expérience.
Tout
adulte qui lit ou raconte à des enfants de cet âge éprouve à
quel point c'est à des êtres particulièrement réceptifs et
ouverts qu'il a affaire. On peut pratiquement tout leur dire parce
qu'ils sont branchés sur l’intelligence et la sensibilité des
adultes qui veulent bien communiquer
avec eux et les accompagner dans leur démarche tâtonnante. Sans
doute leur compréhension est-elle
très inégale selon les moments mais elle s'affermit avec les
relectures, si importantes pour les petits. Dans cet
échange, chacun prend, comprend et saisit à son niveau ce
qui lui convient. Sans que l'enfant soit brusqué dans ses tâtonnements.
L'enfant est en quelque sorte armés des richesses, du livre
pour faire face à
l'adulte dans cet échange. L'adulte n'a pas besoin d'adopter une
attitude condescendante oit de faire semblant de s'intéresser.
L'attitude condescendante s'efface tout naturellement
lorsqu'il s'agit de livres qui valent vraiment la peine d'être
offerts aux enfants. Il n'est que d'observer les réactions d'intérêt
des adultes lorsqu'on présente des albums particulièrement réussis.
Ils découvrent à la fois la qualité d'illustrations qui peuvent
être de véritables oeuvres d'art et la variété et la richesse
d'un domaine qu'ils auraient pu croire restreint et infantile. Ils
goûtent aussi 1e plaisir des enfants. Parce que l'adulte est là,
parce que l'enfant à tout à découvrir, il est possible de
proposer des lectures, des histoires, des types d'illustrations très
variés. L’enfant s’y retrouve beaucoup mieux qu'on ne le croit.
Les bibliothèques et les pratiques de lecture
Actes
du colloque de Paris
13-14
Juin 1979, CNDP, pages 240 et ss
Le
conte, pour se fabriquer des structures mentales, G. RODARI
A
se fabriquer des structures mentales, à instituer des rapports
comme : «moi-les autres », « moi-les choses », « les choses
vraies-les choses inventées ». Il lui sert à évaluer des
distances dans l'espace (« loin-près ») et dans le temps («une
fois-maintenant », «
avant-après », « hier - aujourd'hui - demain»). Le « il était
une fois » du conte n'est pas différent du «il était une fois»
de l'Histoire, même si la réalité du conte - comme l'enfant le découvre
bien vite - est différente de la réalité dans laquelle il vit.
Je
me souviens d'un dialogue avec une petite fille de trois ans, qui me
demandait :
« - Et après, qu'est-ce que je ferai ?
-
Après, tu iras à l'école.
-
Et après ?
-
Et après, dans une autre école, pour apprendre plus de choses.
-
Et après encore ?
-
Tu deviendras grande, tu le marieras...
-
Hé non...
-
Pourquoi ?
-
Mais parce que, moi, je ne
suis pas dans le monde des contes, je suis dans celui des choses
vraies. »
« Se marier » était pour elle un verbe des contes de fées, le
verbe final, le destin des princesses et de leurs princes charmants,
dans un monde qui n'était pas le sien.
.../...
On
a la sensation, qu'à travers les structures du conte l'enfant
contemple les structures de sa propre imagination et en même temps
se les fabrique, construisant ainsi un outil indispensable pour la
connaissance et la maîtrise du réel.
Grammaire
de l'imagination,
G.
Rodari, 1979
Des
contes pour apprendre à parler, Laurence LENTIN
Ne
nous étendons pas sur les joies inépuisables offertes à l'enfant
à qui on raconte une histoire pour lui tout seul, ou en groupe avec
ses petits amis ou frères et sœurs. Nous voudrions simplement
insister sur l'extraordinaire et jusqu'à présent irremplaçable
entraînement au langage que représente l’histoire racontée,
re-racontée, racontée encore et encore...
L'enfant s'attache aux personnages, reconnaît les paysages, les
objets, les événements, peut prévoir, comprend chaque fois un peu
mieux le déroulement de ce qui lui est conté, la succession des événements,
l'enchaînement des idées. Inconsciemment son effort se porte de
plus en plus sur la formulation verbale de ce qu'il entend, et
parfois reproduit.
Tout le monde connaît ces enfants, habitués aux histoires racontées
ou aux livres lus qu'ils redemandent inlassablement, qui «
corrigent » le narrateur ou le lecteur, coupable d'une légère
erreur ou d'une infime omission... L'enfant aime souvent inventer
lui-même une suite, des suites, à l'histoire, ou même une
nouvelle histoire qu'il raconte à son ours, à sa poupée ou à
d'autres enfants. Nous ne voyons guère de meilleur moyen de
valoriser et d'entraîner le langage...
Laurence
Lentin
Apprendre
à parler à l'enfant de moins de 6 ans
, ESF, 1976
Des
contes pour initier à la lecture, Nicole GUEUNIER
Les
contes jouent, en effet, un grand rôle dans l'initiation littéraire
de l'enfant qui doit commencer par la médiation de l'oral avant que
l'enfant sache lire. Par le caractère répétitif de leurs
structures logiques, de leur thématique, de leurs motifs spécifiques.
Ils commencent à installer chez l'enfant cet «horizon d'attente»
devant les textes qui en fera plus tard un lecteur capable à la
fois de s'intéresser à la littérature traditionnelle et de
s'adapter aux changements qui la renouvellent. Raconter dans de
bonnes conditions des contes aux enfants, c'est donc augmenter leurs
chances d'être de bons lecteurs.
Nicole
Gueunier
Bref,
N° 14, Mai 1978
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