|
*
*
*
Un beau matin, à son réveil, il fait
appeler sa fille. Sa fille qu’il aime le plus au monde.
·
-
Mon père. Vous m’avez l’air bien fatigué.
Je vous trouve blasé. Lassé de tout. Vous faites peine à
voir !
·
- Pour te dire la vérité mon enfant, je voudrais que tu
m’apportes un fruit qui serait bon, sucré, juteux, un fruit que
je n’ai jamais mangé.
*
*
*
La jeune fille se retire en laissant son
père à sa tristesse.
Elle rassemble les gardes du roi et fait
monter jusque sa chambre les trois plus courageux.
·
"Écoutez-moi bien, leur dit-elle, j’ai entendu dire qu’au lieu dit Piton Saint-Leu, au pied
d’une grande cheminée, pousse un verger extraordinaire dans
lequel des enfants
cultivent des fruits fantastiques : des cicotrons, mariage du
coco et du citron, des combardines qui sont des combavas gros et
parfumés comme des barbadines, des mélimelons qui produisent sur
l’esprit des effets surprenants, des jubasses meilleurs que les
jujubes et les bibasses.
· Allez trouver ce jardin. Il faut absolument guérir mon père.
Ces fruits lui redonneront peut-être le goût des bonnes choses.
Celui d’entre vous qui me les ramènera sera couvert d’or".
*
*
*
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les
gardes du roi se mettent en route. Ils voient de loin la cheminée.
Elle se dresse fièrement face à la mer à
l’entrée d’un verger. Les arbres couverts de fruits étranges,
sont gardés par une vieille dame. Une femme que tout le monde
craint dans le village.
*
*
*
Le premier garde s’avance. Il explique à la gardienne qu’il
est là sur ordre du roi. Qu’elle doit lui donner aussitôt et
sans plus attendre un fruit très sucré qui laisse dans la bouche
un goût de jujube, de coco et de grenadine.
·
-
Je veux bien vous laisser cueillir la jucodine, lui dit la
vieille, mais pourriez-vous me rendre un service ?
·
-
Un service ?
·
-
Oui, j’attends la pluie depuis des mois mais en vain. Je
dois arroser mes plantes avec l’eau du puits. Pourriez-vous
m’aider à remonter un seau d’eau pour rafraîchir mes jeunes
arbres ?
·
-
Impossible. La princesse m’attend et on ne fait pas
attendre une princesse. Je vous ordonne de me montrer où se
trouvent les jucodines !
La vieille désigne un arbre au centre
du verger. Le garde se précipite. Il ne sait pas qu’il court à
sa perte. Au pied de l’arbre, poussent des plantes carnivores.
Elles ne font qu’une bouchée du soldat.
*
*
*
Ne voyant pas son camarade revenir, le
deuxième garde va au devant de la vieille dame.
·
-
Monsieur, s’il vous plait, mon four à chaux est éteint
faute de chaux. Je n’ai plus la force d’aller sur la plage,
ramasser les coraux. Pourriez-vous aller en chercher pour moi ?
·
-
Vous vous trompez ! Je ne suis pas un ramasseur de corail.
Je suis venu chercher un fruit merveilleux capable de redonner au
roi le goût de vivre. Où sont les Julimbis ?
Le garde pense à l’or dont il va être bientôt couvert en ramenant à la princesse les fruits
tant attendus.
La vielle dame montre du doigt un arbre
qui pousse au fond du jardin.
Pendant qu’il est entrain de cueillir
les fruits, le garde ne voit pas les ronces denses s’épaissir
tout autour de lui et le sol s’ouvrir sous ses pieds.
*
*
*
Fatigué de son voyage, le troisième
garde s’est endormi. A son réveil
il s’étonne de ne pas trouver les deux autres. Il se précipite
à leur recherche et trouve la vieille au bord du puits, s’épuisant
à faire remonter un seau d’eau.
·
-
Laissez-moi faire.
·
-
Auriez-vous la gentillesse de me rendre un autre service ?
La vieille lui parle de son désir de
rallumer son four à chaux.
Notre homme lui propose aussitôt de
descendre vers la mer à la recherche des coraux qu’elle n’a
plus la force de remonter.
Sur le chemin du retour, le troisième
garde s’étonne des parfums et des senteurs qui viennent lui
chatouiller les narines et le faire saliver. Elle ne peuvent venir
des herbes jaunes de la savane. Elles sortent bien de sa bertelle !
Il s’arrête. Ouvre son sac.
Mon dieu ! A la place des coraux
blancs qu’il a chargés, le bonhomme trouve des fruits aux formes
bizarres, plus colorés et plus parfumés les uns que les autres.
Il prend aussitôt la direction du château
pour les ramener à la princesse.
*
*
*
Le roi organisa une grande fête. Les
convives eurent droit à une magnifique salade de fruits qu’ils
mangèrent en présence du jeune homme couvert d’or .
haut
de page
|