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Madame Desbassayns Le testament
Enregistré à Saint-Paul e 12 février 1846
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"Pour mémoire" Monique DIJOUX, Daniel LAURET "Pour mémoire" : voilà la mention que Marie Anne Thérèse Ombline Gonneau de Montbrun porte dans la colonne "prix" pour signaler les "biens" sans valeur marchande de son testament. La formule signe plus globalement le legs culturel fait à la postérité. Les écrits restent. Le texte dont nous héritons est riche d'enseignements.
Le testament de Madame Desbassayns, c'est d'abord une liste de noms. Ou plutôt de sans-noms. La rupture dans la filiation est consommée. Le lecteur contemporain y lira surtout des "prénoms" même si certains sont devenus depuis des patronymes bien réunionnais. Premier pourvoyeur de ces prête-noms pour hommes de paille : le calendrier chrétien. On se souviendra du Vendredi de Robinson Crusoé. On y trouvera aussi des "Ti-noms", plus exactement des sobriquets inscrivant dans la chair des personnes désignées un défaut physique ou de caractère. Stigmate de l'esclavage dont Madame Desbassayns n'avait pas le monopole.
La
créolisation est en marche. Si la
population servile se compose
de « malgaches », de « cafres » et « d’indiens »
elle compte aussi des « créoles » :
« Thérèse,
créole, pioche, et son enfant Pierre-Bruno et Etienne, enfant d'Estelle, de
mamelle, estimés ensemble deux mille francs ».
On reste ébahi des prix affichés. Surtout lorsqu'on les compare à ceux des outils, des mulets du Poitou ou de « Buesnosayres » ou encore à ceux des terrains que l'esclave travaille à mettre en valeur. Les
habitants des Hauts de Saint-Paul retrouveront des noms de quartiers ou de
chemins qu’ils empruntent au quotidien. Ils découvriront peut-être même
le sens de certains toponymes. Ainsi, pour délimiter les terrains faisant
partie de la propriété du Bernica, Madame Desbassayns évoque « l'éperon »
formé par les deux bras de ravine. L’inventaire des « établissements » et des machines témoigne de l’activité sucrière de la région. « La rizière de la fontaine » atteste d'une plantation de riz à Saint-Paul. La liste des métiers renseigne plus largement sur le quotidien de la Plantation. Celle-ci ne pouvait se passer de « pioches », de forgerons, de maçons et de charpentiers, de palefreniers, de cochers, de cuisiniers. Elle avait aussi besoin de gardiennes, de « poulaillères », de sage-femmes, de couturières, de blanchisseuses et de « mandares » (tresseuses). La plantation ne pouvait enfin marcher sans « commandeurs », fonction qui n’était pas réservée aux hommes : Agathe, créole, âgée de cinquante-six ans, commandeur,
estimée mille francs. Madame Desbassayns, sorcière ou providence ? Le
texte révèle une comptable méticuleuse. Au centimètre près. Une femme
sûre de son autorité lorsqu’elle menace de déshériter ceux qui se
risqueraient à contester son partage.
Une dévote, enfin « qui veut et entend que les
esclaves et pauvres habitants des environs, en vue desquels
principalement elle a fait construire la chapelle de Saint-Gilles, y aient
des places gratuites et ne soient soumis à aucune rétribution ».
Bonne lecture
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