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Une tranche de vie de la Réunion d'aujourd’hui" :Daniel Lauret qualifie ainsi
son « Freedo roman ». Si au
fil des ans, Freedom
a acquis une telle popularité, c'est que la station répond
quotidiennement à une vieille frustration. Les auditeurs passifs du monopole d'Etat sont devenus
acteurs et témoins de leur vie et, par conséquent, de celle des autres.
"Où est le médiateur dans tout cela ?" lance avec lucidité l'éditeur Christian Vittori en évoquant
ce roman où « l'agora du média semble se confondre avec la place
publique. Elle est cette place ou le populisme accompagne
quelques éclairs de génies ».
Les émissions de Freedom font
souvent jaillir un mal de vivre, entre angoisses et dénonciations,
conseils pratiques et ladi-lafé
: un flot de paroles entre hésitation
et détermination, en français et/ou en créole. Place à une
expression populaire spontanée où
explosent barrières linguistiques et combats pour la promotion
d'une langue créole synonyme
d'identité.
Pas étonnant que cette "langue freedomienne" me rappelle le "chiac" du Nouveau-Brunswick, curieux mélange d'anglais/français irritant
tant d'Acadiens. Même démarche linguistique sur Freedom. Ici on
parle, on crie et on pleure aussi en jonglant avec aisance et sans
complexe entre français et créole. Comme s'il fallait que toute la
Réunion partage - entre
voyeurisme et compassion - les douleurs, joies et espoirs
des fidèles auditeurs anonymes.
Voilà pourquoi les personnages
de « Bob »- titre-clin d’œil à un
animateur - sont tour à tour touchants et
irritants, sensibles et
dénués de tout sentiment.
Matériel et studios de
fortune, manifestations pour la liberté d'expression, revues de
presse décoiffantes de Camille
Sudre des années 81-82, participation à des soirées de soutien,
etc... Pour avoir vécu comme
journaliste au "Quotidien de la Réunion" la formidable époque de la libération
des ondes, ce livre de Daniel Lauret m'apparaît utile et instructif.
Au-delà des incroyables
trajectoires politiques de Camille et Margie Sudre nées de
l'efficace contestation du monopole de
la station du Barachois, l'évidence s'impose : Freedom reflète une société où le besoin de se
raconter va de pair avec l'envie d'en
savoir toujours plus sur l'Autre.
Après tant d'articles rédigés
au début des années 80 sur les initiatives clandestines,
rencontres officielles et provocations publiques
liées à l'émergence des radios privées, la boucle est bouclée
grâce à ce roman-dialogue de Daniel
Lauret.
A défaut d'offrir réponses et solutions, Freedom est
devenu un puissant contre-pouvoir qu'utilisent/manipulent des auditeurs aux attentes
diverses : débat de fond, infos-trafic,
drague, défense des consommateurs, etc…
Caisse de résonance
d'une parole réunionnaise spontanée, la radio s'affirme comme
miroir d'une île en quête de repères. Et « Bob » en
reflète les paradoxes et exagérations.
A.
W.
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