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L’atelier
d’écriture, oui, mais pourquoi ?
Writing
or creative writing ?
Dev
VIRASHAMY questionne d’emblée la fonction des
ateliers d’écriture.
Cette
pratique viserait-t-elle :
-
la maîtrise de la langue écrite (writing) ?
La visée serait alors instrumentale. Il s’agirait de
donner à l’apprenant les moyens d’une écriture fonctionnelle
et socialement efficace.
-
l’écriture créative ?
La visée serait alors esthétique. Il s’agirait de donner
aux apprenants les moyens d’une expression personnelle et créative.
Dev
VIRASHAMY subordonne la seconde visée à la première. Il fait de
la maîtrise de la langue un objectif prioritaire, un préalable
sans lequel l’expression littéraire serait vaine. L’atelier
d’écriture aurait alors pour but de renforcer l'action de l’école dans
cette direction. Évoquant le contexte mahorais, Mad ELHAB souhaite
que les ateliers aident à combler les lacunes de l’école.
Au modèle linéaire et chronologique décrit par Dev VIRASHAMY
est opposé un modèle interactif proposé par les autres
intervenants. Axel GAUVIN suggère de ne pas opposer ces deux
objectifs. Il insiste au contraire sur leur complémentarité.
Joèlle
ECORMIER et Maryvette BALCOU témoignent de leur expérience
d’animation. Les publics scolaires en difficulté ne manquent pas de créativité.
Ce qui tendrait à montrer qu’une bonne maîtrise de la langue
n’est pas un préalable à l’expression. La libération de
l’expression pourrait paradoxalement amener l’apprenant à mieux
accepter les contraintes de la langue. Dans cette hypothèse, la maîtrise
de la langue apparaîtrait comme un bénéfice indirect de
l’atelier..
L’écriture
littéraire
C’est
en tout cas la dimension littéraire que la majorité des
participants privilégient dans leur pratique. Le but est moins
d’enseigner l’écriture ( rôle principalement dévolu à l’école)
que de faire vivre aux participants sa fonction esthétique et libératoire.
Le couple maîtrise de la langue / écriture créative renvoie en définitive
à l’opposition enseignant /
écrivain
L’atelier
serait cette parenthèse où "l’écrivant" tente d’être à l’écoute
de sa propre voix. Il apparaît comme le lieu d’une affirmation de
soi (j’écris, donc je suis), « d’une quête identitaire »
(Jean François SAM-LONG).
Thérapeutique
de surcroît
Cette
contribution de l’atelier à la créativité personnelle n’a pas
manqué de soulever la question du « thérapeutique ».
Marie-Josée BARRE rappelle qu’on n’écrit pas impunément, que
l’écriture est toujours est toujours « écho de l’intérieur ».
L’atelier
peut-il assumer une fonction thérapeutique ? . Le mot a été
jugé « trop lourd » même si chacun s’accorde à
penser qu’écrire peut « faire du bien ».
L’écriture
d’une aventure, l’aventure d’une écriture (Jean-François
SAM-LONG)
L’atelier
n’est pas seulement un lieu où on écrit. C’est un lieu d’échanges
et de distanciation. C’est un lieu où les "écrivants"
parlent de -
à propos de - ce
qu’ils écrivent. De ce qui les pousse à écrire. De la façon
dont ils écrivent.
Cette
posture les amène à vivre en même temps que l’aventure qu’ils
écrivent, l’aventure de leur écriture.
La
pépinière d’écrivains
Que
l’atelier puisse éveiller le désir d’écriture, renforcer la
maîtrise de la langue, contribuer à l’épanouissement des
participants, c’est un chose. Faut-il le concevoir comme une
« pépinière d’écrivains » ? Sans vouloir lui
assigner une fonction strictement didactique Axel GAUVIN estime que
le cadre offert par l’atelier à des jeunes constitue une promesse
de relève.
Atelier
et idéologie
Ecrire
en pays dominé ? Et en quelle langue ? L’intervention
de Maximin BOYER pose en force la question de l’homme
et du pays « derrière la langue », du contexte social
et politique dans lequel s’inscrit la pratique d’atelier.
La
libération de l’écriture, des sujets qui écrivent, exigerait
selon lui qu’on prenne le contre-pied du conditionnement néo-colonial
dont seraient encore prisonniers les jeunes réunionnais
d’aujourd’hui.
Les
réactions à son intervention diront l’importance de « recentrer
sur les mots et la langue », matière première des ateliers
d’écriture. Si l’animateur fixe le cadre de la production, il
n’en contrôle pas pour autant l’orientation. La décolonisation
peut, comme n’importe quel autre thème, concerner un atelier.
L’enjeu serait alors de donner aux participants les moyens de la
« mettre en mots », de la
textualiser.
Écrire
sur la décolonisation : un moyen de désaliénation ?
La « décolonisation » du sujet écrivant opèrerait
alors « de surcroît ».
Travailler
la langue, oui mais laquelle ?
Le
recentrage sur la langue renvoie directement au choix de la langue
d’écriture. Dans des
contextes multilingues comme les Comores, Maurice où la Réunion,
la question est importante.
Pour
la Réunion, le premier
mouvement des publics scolaires est semble-t-il d’écrire en français.
Si le choix de la langue est théoriquement ouvert (français ou créole,
voire un « mélangue » jouant sur les registres français
et créole) l’expérience montre que le choix d’une écriture en
créole ne se fait que si les participants y sont encouragés.
L’atelier,
oui, mais comment ?
Maryvette
BALCOU dit l’importance de clarifier le cadre de l’intervention.
Les objectifs et les moyens mis en œuvre doivent être expliqués
aux participants.
L’atelier
ne peut fonctionner qu’avec des groupes restreints. Le nombre de
15 participants est avancé comme un maximum.
A
partir de quel âge ? Peut-on proposer des ateliers à des
enfants d’école maternelle par exemple ? Et sous quelle(s)
forme(s) ? Joëlle ECORMIER explique
son choix de ne pas intervenir auprès de publics non-lecteurs.
Périodicité
S’il
apparaît souhaitable d’intervenir dans la durée, sur le terrain la réalité
est souvent différente. Les ateliers sont souvent organisés en marge du
cadre « strictement scolaire » même lorsqu’ils
ont lieu à l’intérieur de l’école. Il s’agit le plus
souvent de projets ponctuels animés par des intervenants
extérieurs. Faut-il exiger un partenariat avec
l’enseignant, un suivi ?
La pratique d’une heure d’atelier avec un groupe qu’on
ne reverra plus a-t-elle du sens ? Ariane DREYFUS témoigne de
l’impact de ces heures « hors du temps ». Elle les présente
comme « une petite fenêtre », mais propre à stimuler,
à ouvrir des possibilités, à « éveiller le désir d’écriture ».
Censure
et norme
Si
l’animateur n’est pas responsable de l’engagement idéologique
des textes produits par les participants de l’atelier, doit-il être
le garant de leur qualité littéraire?
Tous
les animateurs d’ateliers souhaitent des productions de qualité
et travaillent dans ce sens. Reste que celle-ci n’est pas pour
autant facile à définir. Les critères de « qualité »
et de « beauté » sont-ils objectivables dans un
contexte qui met en avant la subjectivité et la créativité ?
La
référence aux modes et/ou aux normes en usage peut être stérilisante.
L’atelier est présenté comme un lieu de libération. Les
participants s’accordent sur la nécessité :
-
- - de proscrire les jugements de valeur,
-
- - d’écouter les textes au delà de ce que leur orthographe
pourrait donner à voir,
-
- - d’éviter « le langage automatique », celui
qui, à notre insu, restitue l’académisme ou à l’inverse, les
clichés.
Le
cadre mis en place par l’atelier viserait au contraire la
production de « phrases neuves ». Pour recycler les
« mots usés », il doit rendre possible l’écart de
langage, « l’accident heureux
».
L’échange
Maryvette
BALCOU souligne que l’atelier est une pratique gratifiante où
l’animateur gagne autant qu’il donne.
L’abolition
des privilèges
Jean
François SAM-LONG évoque pour finir la « position
exceptionnelle » de l’écrivain, le caractère
privilégié de son rapport à la langue. Écrire est un privilège. Doit-il le
rester ? L’atelier ne serait-il pas le lieu sinon d’une
abolition… du moins
d’une démocratisation de ce privilège ?
C’est
en tout cas une raison suffisante pour continuer à les
encourager…
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