Faut-il encourager 

les ateliers d'écriture ?  

La question posée par l’UDIR, dans le cadre du Festival Interégional de Poésie de l’Océan Indien a réuni le vendredi 25 novembre 2005 à la librairie L’entrepôt, des écrivains, des enseignants, des artistes engagés dans la pratique d’ateliers.

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Les débats furent principalement animés par Maryvette BALCOU, Ariane DREYFUS, Joëlle ECORMIER et Axel GAUVIN. Les échanges avec les participants -  notamment :  Marie-Josée BARRE, Maximin BOYER, Nassuf  DJAILANI, Mad ELHAB, Dev VIRASHAMY,  PATO - contribuèrent à expliciter  le cadre et les finalités des ateliers.

 

 

  Compte-rendu : D. Lauret

 

 

L’atelier d’écriture, oui, mais pourquoi ?

 

Writing  or creative writing ? 

Dev VIRASHAMY questionne d’emblée la fonction des  ateliers d’écriture.

 

Cette pratique  viserait-t-elle :

-         la maîtrise de la langue écrite (writing) ?  La visée serait alors instrumentale. Il s’agirait de donner à l’apprenant les moyens d’une écriture fonctionnelle et socialement efficace.

-         l’écriture créative ?  La visée serait alors esthétique. Il s’agirait de donner aux apprenants les moyens d’une expression personnelle et créative. 

 

Dev VIRASHAMY subordonne la seconde visée à la première. Il fait de la maîtrise de la langue un objectif prioritaire, un préalable sans lequel l’expression littéraire serait vaine. L’atelier d’écriture aurait alors pour but de renforcer l'action de l’école dans cette direction. Évoquant le contexte mahorais, Mad ELHAB souhaite que les ateliers aident à  combler les lacunes de l’école.

 

Au  modèle linéaire et chronologique décrit par Dev VIRASHAMY est opposé un modèle interactif proposé par les autres intervenants. Axel GAUVIN suggère de ne pas opposer ces deux objectifs. Il insiste au contraire sur leur complémentarité.

Joèlle ECORMIER et Maryvette BALCOU témoignent de leur expérience d’animation.  Les publics scolaires en difficulté ne manquent pas de créativité. Ce qui tendrait à montrer qu’une bonne maîtrise de la langue n’est pas un préalable à l’expression. La libération de l’expression pourrait paradoxalement amener l’apprenant à mieux accepter les contraintes de la langue. Dans cette hypothèse, la maîtrise de la langue apparaîtrait comme un bénéfice indirect de l’atelier.. 

 

L’écriture littéraire

C’est en tout cas la dimension littéraire que la majorité des participants privilégient dans leur pratique. Le but est moins d’enseigner l’écriture ( rôle principalement dévolu à l’école) que de faire vivre aux participants sa fonction esthétique et libératoire. Le couple maîtrise de la langue / écriture créative renvoie en définitive à l’opposition enseignant  / écrivain

L’atelier serait cette parenthèse où "l’écrivant"  tente d’être à l’écoute de sa propre voix. Il apparaît comme le lieu d’une affirmation de soi (j’écris, donc je suis), « d’une quête identitaire » (Jean François SAM-LONG). 

 

Thérapeutique de surcroît 

Cette contribution de l’atelier à la créativité personnelle n’a pas manqué de soulever la question du « thérapeutique ». Marie-Josée BARRE rappelle qu’on n’écrit pas impunément, que l’écriture est toujours est toujours « écho de l’intérieur ». L’atelier peut-il assumer une fonction thérapeutique ? . Le mot a été jugé « trop lourd » même si chacun s’accorde à penser qu’écrire peut « faire du bien ».

 

L’écriture d’une aventure, l’aventure d’une écriture  (Jean-François SAM-LONG)

L’atelier n’est pas seulement un lieu où on écrit. C’est un lieu d’échanges et de distanciation. C’est un lieu où les "écrivants"  parlent de - à propos de -  ce qu’ils écrivent. De ce qui les pousse à écrire. De la façon dont ils écrivent.

Cette posture les amène à vivre en même temps que l’aventure qu’ils écrivent, l’aventure de leur écriture.

 

La pépinière d’écrivains

Que l’atelier puisse éveiller le désir d’écriture, renforcer la maîtrise de la langue, contribuer à l’épanouissement des participants, c’est un chose. Faut-il le concevoir comme une « pépinière d’écrivains » ? Sans vouloir lui assigner une fonction strictement didactique Axel GAUVIN estime que le cadre offert par l’atelier à des jeunes constitue une promesse de relève.

 

Atelier et idéologie

Ecrire en pays dominé ? Et en quelle langue ? L’intervention de Maximin BOYER pose en force la question de l’homme  et du pays « derrière la langue », du contexte social et politique dans lequel s’inscrit la pratique d’atelier. 

La libération de l’écriture, des sujets qui écrivent, exigerait selon lui qu’on prenne le contre-pied du conditionnement néo-colonial dont seraient encore prisonniers les jeunes réunionnais d’aujourd’hui.

Les réactions à son intervention diront l’importance de « recentrer sur les mots et la langue », matière première des ateliers d’écriture. Si l’animateur fixe le cadre de la production, il n’en contrôle pas pour autant l’orientation. La décolonisation peut, comme n’importe quel autre thème, concerner un atelier. L’enjeu serait alors de donner aux participants les moyens de la « mettre en mots », de la  textualiser.

Écrire sur  la décolonisation : un moyen de désaliénation ? La « décolonisation » du sujet écrivant opèrerait  alors « de surcroît ».

 

Travailler la langue, oui mais laquelle ?

Le recentrage sur la langue renvoie directement au choix de la langue d’écriture. Dans  des contextes multilingues comme les Comores, Maurice où la Réunion, la question est importante.

Pour la Réunion,  le premier mouvement des publics scolaires est semble-t-il d’écrire en français. Si le choix de la langue est théoriquement ouvert (français ou créole, voire un « mélangue » jouant sur les registres français et créole) l’expérience montre que le choix d’une écriture en créole ne se fait que si les participants y sont encouragés.

 

L’atelier, oui, mais comment ?

 

Maryvette BALCOU dit l’importance de clarifier le cadre de l’intervention. Les objectifs et les moyens mis en œuvre doivent être expliqués aux participants.

L’atelier ne peut fonctionner qu’avec des groupes restreints. Le nombre de 15 participants est avancé comme un maximum. 

A partir de quel âge ? Peut-on proposer des ateliers à des enfants d’école maternelle par exemple ? Et sous quelle(s) forme(s) ? Joëlle ECORMIER  explique son choix de ne pas intervenir auprès de publics non-lecteurs.

 

Périodicité

S’il apparaît souhaitable d’intervenir dans la durée, sur le terrain la réalité est souvent différente. Les ateliers sont souvent organisés en marge du  cadre « strictement scolaire » même lorsqu’ils ont lieu à l’intérieur de l’école. Il s’agit le plus souvent de projets ponctuels animés par des intervenants extérieurs. Faut-il exiger un partenariat avec l’enseignant, un suivi ?  La pratique d’une heure d’atelier avec un groupe qu’on ne reverra plus a-t-elle du sens ? Ariane DREYFUS témoigne de l’impact de ces heures « hors du temps ». Elle les présente comme « une petite fenêtre », mais propre à stimuler, à ouvrir des possibilités, à « éveiller le désir d’écriture ».

 

Censure et norme

Si l’animateur n’est pas responsable de l’engagement idéologique des textes produits par les participants de l’atelier, doit-il être le garant de leur qualité littéraire?

Tous les animateurs d’ateliers souhaitent des productions de qualité et travaillent dans ce sens. Reste que celle-ci n’est pas pour autant facile à définir. Les critères de « qualité » et de « beauté » sont-ils objectivables dans un contexte qui met en avant la subjectivité et la créativité ?

La référence aux modes et/ou aux normes en usage peut être stérilisante. L’atelier est présenté comme un lieu de libération. Les participants s’accordent sur la nécessité : 

-         - - de proscrire les jugements de valeur, 

-         - - d’écouter les textes au delà de ce que leur orthographe pourrait donner à voir, 

-         - - d’éviter « le langage automatique », celui qui, à notre insu, restitue l’académisme ou à l’inverse, les clichés.

 

Le cadre mis en place par l’atelier viserait au contraire la production de « phrases neuves ». Pour recycler les « mots usés », il doit rendre possible l’écart de langage,  « l’accident heureux ». 

 

L’échange

Maryvette BALCOU souligne que l’atelier est une pratique gratifiante où l’animateur gagne autant qu’il donne.

 

L’abolition des privilèges

Jean François SAM-LONG évoque pour finir la « position exceptionnelle » de l’écrivain, le caractère privilégié  de son rapport à la langue. Écrire est un privilège. Doit-il le rester ? L’atelier ne serait-il pas le lieu sinon d’une abolition…  du moins d’une démocratisation de ce privilège ?

 

C’est en tout cas une raison suffisante pour continuer à les encourager…

 


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